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Accord sino-américain sur le climat: quand la realpolitik s’applique à l’environnement

Les Etats-Unis se sont engagés à réduire de 26 à 28% leurs émissions de CO2 d’ici 2025 sur la base de 2005. Soit une augmentation de 17% de leur précédent engagement.

De son côté, la Chine à l’intention de relentir ses émissions de CO2 jusqu’à atteindre un pic en 2030, si possible avant, et dans le même temps, de porter la part d’énergie non fossile à 20% de sa consommation énergétique.

Il était temps.

Les derniers sommets sur le climat (dont Copenhague et Cancun) avaient échoué suite au refus des deux plus grands émetteurs de CO2 de la planète (45% à eux deux) de s’engager sur la réduction de leur émissions. Sans cet accord, la vingt et unième Conférence des Parties (COP 21), qui aura lieu à Paris-Le Bourget en décembre 2015 aurait subi exactement le même sort.

On ne peut que se féliciter de cette avancée historique et remercier les deux décideurs politiques.

Mais avaient-ils vraiment le choix ?

Côté Etats-Unis, la position du gouvernement fédéral devenait de plus en plus délicate à tenir, certains Etats et non des moindres, comme la Californie, ayant pris depuis longtemps des engagements forts de réduction d’émission de CO2. Après avoir imposé l’exploitation du gaz de schiste, au nom des intérêts supérieurs de la Nation (de fait, les Etats-Unis sont devenus les premiers producteurs d’hydrocarbures du monde), le gouvernement démocrate américain était obligé de donner des gages à ses électeurs de cœur, au risque de perdre jusqu’à son dernier soutien.

La Chine était également dans l’impasse. Officiellement, la croissance et le développement économiques prévalent. Officieusement, les nuisances environnementales sont telles qu’elles deviennent économiquement et humainement intolérables. Elles coûtent 2 à 3% du PIB (1) et 2,5 milliards d’années de vie (2). Le dernier pic de pollution de ce mois-ci était d’un niveau 20 fois supérieur au maximum acceptable pour la santé (3). Les chinois, tout comme les russes, aiment leurs enfants (4).

2030 est évidemment une échéance bien trop lointaine pour apporter une quelconque réponse aux problèmes du moment. L’Agence Internationale pour l’Energie l’a bien souligné, le jour même de l’accord : en l’état actuel, le réchauffement climatique serait de 3,6 degrés, donc bien loin des fameux 2 degrés consensuels.

Qu’importe. Dans ce domaine, les chiffres ont moins de valeur que les intentions, surtout quand elle sont  exprimées par les deux plus grandes puissances économiques du monde. Maintenant qu’une porte a été entr’ouverte, il ne reste plus qu’à la pousser.

 

(1): Banque Mondiale – China Cost of Pollution – 2007
(2): PNAS : Evidence on the impact of sustained exposure to air pollution on life expectancy from China’s Huai River policy – 6 août 2013
(3): The guardian – 10 octobre 2014
(4): Référence à la chanson de Sting, “Russian » (1985):  “I hope the Russians love their children too”. Quatre ans après tombait le mur de Berlin.

4 réflexions sur “ Accord sino-américain sur le climat: quand la realpolitik s’applique à l’environnement ”

  1. L’accord sino-americain sur le climat acte aussi un nouveau jeu de role international sur le climat. Le G2 du climat instaure a Copenhague est plus que jamais d’actualite, mais cette fois dans une dynamique positive par rapport a Copenhague, ou les deux pays avaient plutot freine les ambitions climatiques, notamment europeennes .

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